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Les habitants de Chevillon à Meynes (30)

1940, il y a 68 ans, c’est la guerre, les Allemands sont vainqueurs, ils occupent la moitié de la France. Ils annexent l’Alsace-Lorraine sans traité aucun et rétablissent la frontière de 1914, l’ordre nazi se met en place, le Préfet Charles Bourrat est arrêté, remplacé par le gauleiter Burckel, nos villages changent de noms, défense de parler français, le port du béret basque est interdit ainsi que les réunions de trois personnes. Nous sommes Allemands comme nos pères.

Alors, il faut subir et chacun retourne à ses occupations. Mais cinq mois après l’Armistice, au mois de novembre, plus de la moitié des Lorrains (120 000) sont expulsés vers les départements du Midi, de la Drôme jusqu’à la Dordogne. Donc, le 17 novembre 1940, un dimanche les cars et camions nous emmènent à la gare de Metz, en direction du Sud, heureusement. Dans la soirée, en passant à Nancy, sur les talus les femmes et les enfants agitaient des drapeaux tricolores, c’était l’adieu à la Lorraine. Le lendemain matin, à Mâcon, ligne de démarcation, un piquet de Dragons à pieds présentait les armes au train, alors une immense Marseillaise retentit tout le long du train dans notre malheur, nous étions en France libre. Le jour suivant, nous débarquons à Saint Césaire, dans l’ancienne cartoucherie où nous étions 3000 expulsés, hommes, femmes et enfants confondus. Après deux nuits passées à Saint Césaire, nous sommes désignés pour la commune de Meynes. Cinquante-trois exactement. Monsieur Bouche, avec son camion, vient nous chercher à la gare de Ledenon faisant deux voyages. L’accueil fut chaleureux, après un souper offert par la mairie, chacun est conduit dans des maisons réquisitionnées. La première nuit, je l’ai passée à l’ancien Dock vauclusien, à l’ombre de votre clocher, et c’est peut-être pour cela que le destin a voulu que je reste parmi vous

Au nom de mes compatriotes, je dois remercier la municipalité de cette époque* administrée par le maire Georges Sabonadier, qui nous a nourris pendant huit jours. Un grand merci aussi aux anciens Meynois qui nous ont aidés à nous installer dans les maisons vides, qui une table, une chaise, un fourneau, un sommier, bref ce qu’il fallait pour vivre décemment. Je pense que depuis ce jour, vous m’avez adopté, car moi aussi, j’ai essayé de vous aimer avec votre faconde et vos galéjades bien méridionales. D’ailleurs, en 1944, j’ai épousé votre dynamique compatriote Denise, que j’embrasse bien fort, car elle m’a toujours soutenu dans les moments difficiles. Mais vous savez aussi que malgré tout, mon cœur est resté là-bas, parmi tous ceux que j’ai aimés et qui ne sont plus, parents, frères, beaux-frères, sœurs et belles-sœurs. Il me reste encore ma sœur aînée qui a 93 ans.

Pour mes camarades de classe 39-40-41-42, enrôlés de force dans l’armée allemande trois ont été tués à Stalingrad, trois sont revenus mais sont morts de leurs blessures, deux manquants chacun un bras, un autre amputé d’une jambe. Pour Meynes, de tout cœur, je dois rendre hommage à vos vingt-six poilus de 14-18 qui sont inscrits sur votre monument, plus quatre de la guerre 39-40. Ne les oublions pas, sans leur sacrifice, je ne serais certainement pas aujourd’hui parmi vous, Je pense aussi aux anciens Meynois que j’ai connus, et surtout aux classes de la guerre, prisonniers, déportés, résistants, STO. Là aussi, il y a beaucoup de manquants. Un souvenir particulier aux époux Nafraîcbeur, dont Marie était ma proche voisine de jeunesse, et une autre figure meynoise, mon camarade Augustin Pascal.

Et je vous citerai notre écrivain Maurice Barrès « Conservons le culte des morts, ils nous ont tout donné ». Malgré ces misères, je remercie le Ciel d’être encore là parmi vous, en bonne santé. Pour les plus jeunes, je vous souhaite d’arriver à 80 ans et plus, pour ceux qui ont passé le cap, bon moral afin de supporter nos malheurs passagers. Merci à tous.

Jean Thomas

 

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